En 2001, un arbre s'est éffondrée sur une foule dans le Parc de Pourtalès à Strasbourg. Les premiers secours sont arrivés avec... une tronçonneuse. Sous l'effet de sidéradation, de stupéfaction, ou l'effet du témoin, les gens se sont dit Quelqu'un va bien composer le 18, pas la peine que je le fasse. Et encore, cette première alerte très imprécise ne fut donnée que cinquantes minutes après l'événement. On peut faire beaucoup de choses en 50 minutes...  Du coup les vrais secours ne sont arrivés que près d'une heure après la catastrophe. Bilan treize mort·e·s et près de 50 blessé·e·s.

Comment se former aux gestes de premiers secours ? Vous ne vous formez pas vous-même, surtout pas avec un livre, des tutoriels sur Internet ou au détour d'un série TV.
Un livre ne peut venir que en conclusion ou en appui d'une formation par des professionnel·le·s. Il faut pratiquer concrêtement, j'y reviendrai.

Même remarque pour les tutoriels et documents, y compris venant d'associations : vous pourriez ne pas comprendre les références, sigles ou implications. Et concernant les oeuvres de fiction : ce sont des oeuvres de fiction, scénarisées, souvent pour plus d'effet spectaculaire, l'organisation des secours est légèrement différente d'un pays à l'autre, etc... Donc ce sont des divertissements, pas des cours. Même pour les documentaires qui particulièrement à la télé, souffrent de mise en scène, raccourcis, vulgarisation à outrance... et c'est un média passif.

La pratique de cas concrets (simulation), sous la surveillance de monitrices-teurs, permet aussi, par jeu de rôle, de se rendre compte de nombreuses choses :

  • la masse d'une personne inconsciente, tonus musculaire à zéro qu'il faut dégager de sous un véhicule ou retourner (et donc le besoin d'une bonne forme physique générale pour VOUS la/le secouriste),
  • les sensations globales que l'on ressent lorsqu'on vous met en PLS (et l'intérêt de vérifier l'ouverture de la bouche à la fin de la manoeuvre),
  • la sensibilité du pouls au creux du coude lorsque l'on doit l'écouter (prise de TA, très délicate si bruit ambiant),
  • les morphologies particulières (nourisson, femme enceinte, personne obèse...),
  • etc

Toujours pas convaincu·e de suivre une formation encadrée ? Je vous invite à apprendre à ou faire apprendre le jonglage, le jardinage, la natation, la poterie ou la conduite juste en lisant un bouquin ou en voyant des vidéos Dailymotion...

En France, plusieurs diplômes existent. Ils sont soumis à recyclage annuel des connaissances. La formation basique s'appelle PSC1, ne dure que sept heures, elle est donc superficielle, mais au moins, vous saurez vite si souhaitez vous engager dans une vraie formation aux prompts secours.

Celle-ci s'appelle Premiers Secours en Équipe, niveau 1 alias PSE1. Retenez ce terme. Trente-cinq heures de formation (35h soit une semaine de cinq jours), et ça n'est pas de trop pour voir un éventail des situations possibles qui se présenteront à vous, la chaine de réaction (Présence d'une danger réel, immédiat, vital, ou pas ? Contrôlable ou pas ? Personne consciente ou pas ? À quel niveau ? Urgence vitale type hémorragie, ou pas ? etc ), et autres savoir-faire essentiels. Le fait d'être infirmièr·e ne dispense pas de passer cette certification, les compétences sont bienvenues et complémentaires. Pas d'examen final au PSE1, mais de nombreuses mises en situation (les cas concrets) tout au long de la formation, comme des scénettes de théâtre. Si vous êtes timide, n'essayez pas de fuire votre tour de passage comme secouriste, tout le monde y passe plusieurs fois, vous ne serez pas jugé·e et vous apprendrez plus de vos erreurs que du cours "brut".

Quelques précisions au passage.

Non ce n'est pas gratuit. Toutes les assos ont besoin d'argent, surtout en période de restriction budgétaire et démocratique. Une bouteille de di-oxygène (O2) coûte près de 250 euros. Pardon je plaisante, ça c'est pour celle factice de formation. Une vraie coute plus du double, sans parler du remplissage facturé à part. Le moindre mannequin est vendu au moins 100 euros, il est préférable pour l'association d'avoir un local dédié pour accueillir ses stagaires, etc... Même sans parler du matériel pédagogique, la Vie est un sacré business. Donc même si vous n'avez pas le temps de vous former vous, faites un don à une asso locale, près de chez vous. Cela évitera la concentration des capitaux sur le siège-souvent-parisien, détestable habitude française.

ON NE RACCROCHE JAMAIS AUX SERVICES D'URGENCE (17, 18, 112... ). Seule l'opératrice au bout du fil peut vous y autoriser. La politesse n'a rien à voir, c'est un enjeu d'efficacité des secours. Elle ou il est secouriste éprouvée et/ou médecin et va vous guider dans votre alerte, vous poser des questions précises dans un ordre donnée. Répondez honnêtement. Si vous ne savez pas, répondez "Je ne sais pas" ou "Je me renseigne/je transmets votre demande" ou "Je ne comprends pas".

Si vous n'êtes pas sûr·e, n'inventez pas des infos, laissez tomber les estimations à vue de nez, et ne bidouillez pas des indices, symptômes apparents ou les mesures. Par exemple : le pouls (nombre de battement du coeur) se mesure en 60'' (soixante secondes) précises grace à une trotteuse de montre, pas en À peu près une minute, hein tout le monde sait ce que ça dure une minute. De telles approximations peuvent fausser un diagnostic. Si vous n'avez pas de montre ou ces outils, cherchez autour de vous, quitte à fouillez un corps à la recherche d'une montre ou smartphone non verrouillé (fonction chronomètre, dictaphone...).

Votre numéro téléphonique s'affiche sur l'écran du centre d'appels, vous pouvez proposer de rappeler. N'oubliez pas : ces appels sont gratuits, opérationnels 24h/24 7j/7 et fonctionnent même sans carte SIM dans l'appareil (normalement), si le forfait est dépassé ou si le téléphone semble verrouillé par combinaison. Les services 15 SAMU - 18 Sapeurs-Pompièr·e·s - 17 Police sont connectés entre eux donc une alerte bien donnée sera correctement transmise. Entre-temps, appelez à l'aide autour de vous, restez proches des blessé·e·s ou passez à la/le suivant·e, téléphone en poche au cas où les secours vous rappellent.

Même sans être diplômé·e d'un brevet de secourisme, les informations à caractère médical ou intime (séropositivité, diabète, grossesse non visible...) recueillies sur un théâtre d'intervention, ne peuvent être transmises que aux personnels médicaux : secouristes, pompiers, ambulanciers, médecins. Vous êtes soumis/e au secret médical et professionnel. En aucun cas d'autres personnes, même la Police ou Gerndarmerie qui fait son enquête, ne doivent avoir accès à ces données personnelles.

Important : au début immédiat de l'alerte (signalement par téléphone d'une situation de sinistre ou d'urgence), donner votre nom et surtout le lieu du drame, rue et numéro, ville comprise. Pour que si la communication se coupe (batterie faible, réseau saturé), les services de secours savent au moins que il se passe un truc là à tel endroit. Décrivez rapidement que ce qui s'est passé, et le nombre de victimes (qui conditionne les nombre et typologie des moyens mis en oeuvre). Si vous ne savez pas où vous êtes, demandez autour de vous ; si vous êtes la seule rescapée d'un accident routier en rase campagne, attrapez le GPS de la voiture quitte à donner les chiffres bruts latitude-longitude à l'opérateur... Non, le centre d'appels ne peut pas vous géolocaliser. Démerdez-vous. Dites-vous bien qu'aucune équipe ne sera envoyée sans information précise sur le lieu du besoin.

Alors, vous vous inscrivez quand ?