Mon témoignage de 2011

Préambule

Je m'appelle Mathias, j'ai 25 ans en ce début 2011 et je vais mal depuis une longue année pour plusieurs raisons dont un harcèlement homophobe, qui a duré des mois entiers. Je suis homosexuel depuis plus de 4 ans et demi, enfin, ça c'est depuis que j'ai arrêté de me voiler la face, début avril 2006.

J'ai eu des doutes ou questionnements sur mon orientation depuis mon entrée en classe de Terminale (2003-2004). Je me demandais si le fait d'aimer regarder des camarades de mon lycée était simplement du à de l'admiration (comme si ils étaient des modèles) ou simplement parce que je les trouvais beaux. J'ai eu d'autres indices qui m'ont poussé à me demander si j'étais homo ou non : une mémoire sélective envers les hommes (= plus efficace que celle concernant les femmes), une certaines gêne avec les filles, le fait que j'aimais regarder (discrètement) un homme, un certain attrait pour le film « Star Wars II » à cause de son acteur-vedette (Hayden Christensen)…

J'étais également troublé d'avoir de tel pensées, être différent (mais vraiment pas au sens singulier ou original), que pendant un temps je me suis dis Tu es peut-être bisexuel, en fait ?, car je voyais la bisexualité comme un moyen de « compenser » la bizarrerie d'être homosexuel (puisque je serais hétéro à la fois).

Mais non, début avril 2006, je me rends à l'évidence, j'arrête de me voiler la face : je suis homosexuel. Des expériences me le confirmeront, c'est bien dans les bras d'un homme que je me sens bien, et les hommes que j'aime regarder. Cela m'a donné un peu de sérénité, même si je devais continuer à le cacher.

Je volais alors de petits boulots en petits boulots, ma situation professionnelle n'étant pas stable, et je voulais financer une école de cinéma (plusieurs milliers d'euros par an). Ce projet sera abandonné quand je découvre une formation dans le domaine de la Communication et des TIC : le DUT spécialité « Services et réseaux de Communication ».

Je candidate immédiatement et suis admis directement, je suis très enthousiaste, car ce diplôme pourrait me permettre de devenir webmaster (mon objectif professionnel du moment), et rapidement. Le Diplôme Universitaire de Technologie est en effet une formation professionnalisante en seulement deux ans, qui vise l'insertion professionnelle directe, bien qu'une formation supplémentaire puisse être requise et est souvent conseillée (en plus de l'auto-formation).

Ce DUT est un peu la formation idéale pour moi : des cours théoriques, des cours pratiques sur machines... On touche à beaucoup de choses, et c'est le but de ce DUT : nous donner des bases en communication, dans tous ses secteurs (graphisme, Web, audiovisuel, relations presse, théories fondamentales...). De plus, l'emploi du temps n'est pas surchargé, la charge de travail est similaire à celle du lycée.

Dès la Rentrée, je repère un beau gosse, Mathieu, situé derrière moi par le hasard du fait que personne ne se connaît. Il paraît jeune, et l'est. Il est assez « fashion » mais puéril, dommage, car c'est un garçon qui sait être adorable et attachant, et plus d'être plutôt débrouillard. Il est arrivé sans parler un mot de français (quand il était plus petit), mais a su surmonter cette déficience, et a une culture arabe. Ça ne m'intéresse vraiment pas en soit, mais c'est toujours enrichissant d'avoir des amis issus d'autres cultures ou de plusieurs.

Son meilleur ami, qu'il côtoie presque en permanence, est très différent : style moins « catholique », plus sombre, crête sur la tête, anneau au coin de la lèvre, fumeur... Un peu le genre qui fait peur, à qui on ne confierait pas sa fille. Il a plus de personnalité et de maturité, est plutôt talentueux et en tout cas très bosseur (il a validé sa première année de Médecine avant de s'orienter vers la Communication).

Nous sommes une cinquantaine dans ma promotion, répartis en différents groupes : 

  • promo entière pour les cours magistraux,
  • moitié de promo pour les groupes de travaux dirigés (TD), 
  • moitié de TD pour les travaux pratiques (TP).

Durant ces deux années, les groupes ont très peu changé pour moi : j'ai eu presque toujours les même camarades.

Au sein de mon TP (le « P11 »), je sympathise notamment avec Mathieu et son copain Jérémy, Laurent qui deviendra un autre de leurs proches, Viktor, Yvan, Nicky, et quelques autres... De nombreux cours ayant lieu en TP, ou même en TD, nous passons beaucoup de temps ensemble, y compris aux repas de midi au restaurant universitaire.

Laurent est plutôt bon vivant, et souvent bon public. Il peut être charmeur sans être grossier, sans doute tendre avec les filles. Malheureusement il peut aussi être sournois, et a certaines opinions rétrogrades et discriminatoires : machisme voire sexisme, et n'a pas de sympathie pour les musulmans...

Donc Jérémy, Mathieu, Laurent + Viktor, Yvan, Nicky... formons une petite bande de copains.

La blague

Un jour d'octobre ou de novembre de première année (sur les deux que compte la formation), justement à un repas, on discute, on rigole comme d'habitude, et puis, en parlant de moi, surgit la phrase Mais peut-être qu'il est gay ! ?. Je ne sais plus à quoi cela faisait référence, à quoi cette phrase était sans doute une réponse. Il semble que c'est Mathieu qu'il l'a prononcé, mais ce n'est pas le plus important. Sur le coup, je ne sais plus comment j'ai réagit, j'ai très certainement nié les faits en rigolant jaune, voire en gloussant (rire grossier, caricatural, qui permet un peu de masquer la gêne), mais j'étais quand même un peu gêné d'avoir été « découvert ».

Cette réflexion apparemment légère, anodine ou peut-être ironique a pourtant inspiré des esprits. Dans les jours et semaines qui suivent, certains camarades reviennent sur cette remarque, se ré-interrogent à voix haute en TD ou TP, ont relayé cette remarque aux autres groupes, histoire que toute la promo soit au courant de cette brillante réplique. J'ai beau toujours nier, corriger que je suis hétéro comme tout le monde, rien n'y fait, mon homosexualité (bien que parfaitement acquise dans mon esprit) devient ouvertement supposée à leurs yeux, et je deviens un peu le « pédé de service ».

En plus de devoir rectifier la vérité (je ne veux évidemment pas paraître homo), je dois leur dire que ce comportement me déplaît (nous sommes dans une formation en Communication, tout de même !). Ces agissements nuisibles sont principalement l’œuvre de trois de mes « amis » proches : Jérémy (meneur), Mathieu (suiveur) et Laurent Roth (qui s'est joint à ce couple complice).

Les agissements du « trio »

Leur comportement, principalement du trio Jérémy K. - Mathieu B. - Laurent R., a de multiples facettes :

  • allusions vagues ou larges sur l'homosexualité, mais pour me stresser ou au moins me déstabiliser (souvent des stéréotypes ou clichés) ;
  • houspillement, humiliation, tiraillement, voire stigmatisation (très fréquemment) ;
  • parfois même des sous-entendus, graveleux, sur le prétendu rapport homosexualité-pédophilie (rarement) ;
  • parfois des propos ouvertement hétérocentrés ou malveillants ;
  • interpellation par la locution « le gay » comme si mon prénom avait disparu; c'était devenu mon surnom ;
  • jeu de mot Tu vas faire le guet ? quand un prof vient de sortir, pour surveiller son retour dans la salle de classe ; 
  • mot « trou » qui leur évoque immédiatement la sodomie (qui n'est en rien « réservée » aux gays, faut-il le rappeler) ; 
  • rond formé par le pouce & l'index, dans une main animée d'avant en arrière pour mimer la fellation (là encore, c'est très réducteur de la sexualité gay) ; 
  • gestes effémines singés ; 
  • stigmatisation générale des homosexuels, sous couvert de l' « humour » ;
  • Jérémy en tant que leader (Mathieu en lieutenant fidèle et Laurent qui s'est agrégé au duo) ;
  • tout cela de manière fréquente, des piques quotidiennes ou quasi-quotidiennes ;
  • et tout cela sur le long terme, de novembre de première année à début juin, puis de septembre de deuxième année à début avril.

Un jour, Jérémy Kleinclaus déclare de manière spontanée et détendue [Adolf] Hitler me fait kiffer, et les croix gammées aussi, révélant la certaine nostalgie qu'il a pour l'idéologie nazie. Il n'a pas prononcé ces mots graves au cours d'une discussion sur l'homosexualité ou l'homophobie, mais dans un autre contexte (je veux dire par là qu'ils ne les a pas prononcé en réaction ou en provocation directe à une discussion sur le thème LGBTI). D'autres déclarations me permettront de découvrir qu'il cumule les « tares » de ce genre : racisme, sexisme, homo- et islamophobie... ce qu'il ne cache pas, ou peu. Plus tard, me viendra à l'idée le terme d'« extrémiste cumulard » pour le qualifier.

Au sein de notre petit comité, il se sent très libre de parole, et en profite pour affirmer explicitement qu'il n'aime pas les noirs ou les « arabes », pas plus que les gays, associé à un comportement régulièrement machiste voire ouvertement sexiste.

Donc, je leur dis régulièrement, à tous ceux qui usent de ces agissements, et jusqu'à plusieurs fois par jour, que leur comportement, leurs propos, me déplaisent, me gênent ou me blessent, parce qu'ils sont faux, mais tout de même moqueur et parfois discriminatoire. Parallèlement, je dois « garder la face » en me forçant à rire jaune.

Il n'a jamais eu d'insultes, de bousculades, ou de discrimination grossière ou ouverte. C'était bien plus discret que cela, plus « subtil », plus sournois... insidieux et pervers. Jérémy, Mathieu Bruneau et Laurent agissaient surtout par petite touche déstabilisante, mais de manière répétée : quotidiennement (en moyenne, et en général), sans trêve, et sur le long terme. Pour eux, c'est devenu une habitude, peut-être leur mode de communication à mon égard ?

Tout cela, souvent en cours... quand un prof est sorti (photocopies, café, toilettes...). Car mes harceleurs sont malins, et prudents : ils ne prendraient jamais le risque de se moquer ou de m'humilier en présence d'un prof. Ils savent leur comportement répréhensible et y veillent, bien qu'ils ne semblent pas ressentir la moindre culpabilité.

Mes persécuteurs n'ont, de mémoire, jamais poursuivi leur harcèlement en dehors du cadre scolaire, alors que nous sommes tous fans de technologie, et très connectés : courriel, MSN... Ils auraient donc largement pu le poursuivre « par correspondance ». Je pense qu'ils préféraient le faire avec un public (le reste du groupe de TP soit environ 8 personnes, ou de TD soit environ 20 étudiants), peut-être leur manière de s'affirmer, de montrer un certaine puissance... ou un faiblesse, à contrario ?

Et mes autres camarades ? Peu de réaction, peu de compassion. Heureusement il y a eu encore moins de réaction complaisante, même si quelques uns de mes camarades en profitent pour s'amuser, se moquer également. N'est-ce pas Bastien et Florestan ? ! Globalement, c'est le laisser-faire qui a dominé.

Des explications

Je dois quand même vous dire pourquoi je ne voulais pas qu'on m'identifie comme homosexuel, réel ou supposé, il y a plusieurs raisons :

  • sécurité : je vis en colocation dans la cité qui borde l'IUT, la « ZUP » (Zone à Urbaniser en Priorité), il est donc impensable que des gens du coin puissent me penser gay ; 
  • tranquillité : j'ai eu de nombreux colocataires, cela n'aurait sans doute pas posé de problème qu'ils le sachent (certains s'en doutent peut-être), mais je ne veux pas prendre le risque d'avoir une mauvaise ambiance alors que l'on vit « ensemble » et partage des parties communes ;
  • argent : je vis principalement de la pension alimentaire parentale, et la personne qui me la paye est une fervente chrétienne, impliquée dans sa communauté, et aussi peu ouverte sur l'homosexualité, je ne peux donc pas prendre le risque de perdre 75 % de mes revenus ;
  • discrétion : les allosexuel-le-s (homos-, bi- et transgenres) sont parfois perçu-e-s comme une curiosité locale, comme une « bête de foire » à exhiber, ou sur laquelle projeter des fantasmes ; je suis du genre discret, donc je ne souhaite pas « faire de vague » ;
  • réussite scolaire : certains enseignants sont peu ouverts et pourraient me noter en conséquence ; pas question de risquer de mauvais résultat à cause de mes affinités et attirances ;
  • et aussi : il n'était pas question de donner « raison » à mes agresseurs, même si pour eux, ce n'est qu'une sorte de jeu, que des mots.

Une des rares réactions mélioratives, est venue de Jerrie (graphie différente, avec « ie » final au lieu de « y », nuance importante), qui a plusieurs fois interpellé les trois gars du trio par ces termes Mais qu'est-ce que ça pourrait vous faire ?. Malgré la plus grande proximité affective de Jerrie avec les agresseurs (que avec moi), il n'a pas eu d'influence significative sur leur harcèlement tranquille.

Et les enseignants ? Comme dit plus haut, mes 3 agresseurs voulaient manifestement me nuire, m'humilier (en m'ayant auparavant dévalorisé et déstabilisé), mais en prenant bien garde de ne pas le faire ostensiblement. Les profs ne sont donc pas au courant. Une fois, la prof d'Allemand a surpris Jérémy dans un tel comportement, mais il a du placer ça sous le signe de l'humour ou je ne sais plus trop comment, ça n'est pas allé plus loin.

Et la hiérarchie, l'administration ? De même, je voulais rester discret, et ne pas risquer de perdre de points tout ça parce qu'un prof pourrait me penser gay et me sous-noter en conséquence.

Donc j'insiste sur ce point : ni les profs, ni le département « SRC », ni l'IUT tout court, ne sont responsables de ce qui m'est arrivé. C'est moi et moi seul qui par peur, par discrétion, et volonté de régler ça moi-même, ne leur a pas signalé.

Toute cette énergie dépensée contre moi me vexe, me blesse, car cela me gêne. Je dois aussi faire l'effort constant de me contrôler :

  • me retenir d'avoir l'air blessé ou gêné, quitte à rire jaune régulièrement, prendre beaucoup sur soi, encaisser ;
  • se forcer à contrôler des émotions : ne surtout pas répondre spontanément (donc de manière authentique) Toi aussi ? à une question du type T'es gay ? car cela révélerait la vérité, idem pour se retourner à une interpellation « le gay » ;
  • éluder ou détourner des questions pour éviter des sujets gênants, quitte à finalement mentir ouvertement (c'est plus simple).

J'ai parfois eu mal au ventre ou au dos, des difficultés de sommeil inexpliquées, pas le moral, sans doute une déprime, en tout cas un sentiment de mal-être. On en vient même à me demander si leur comportement néfaste n'est pas une réaction au mien, ou à un trait de caractère qu'ils n'apprécieraient pas chez moi.

Et quand bien même, qu'est-ce qui justifie une telle agression ? Répétée fréquemment dans le temps, et pendant des mois ? À plusieurs contre un ?

Ce n'est que des mois après que je le suis rendu compte que je suis bel et bien en dépression. Pas de diagnostique médical, mais des symptômes que je reconnais : manque d'énergie, d'entrain, de motivation, de confiance en soi, et au contraire : difficulté de concentration, de la procrastination, des maux de dos et et parfois même des pensées de suicide.

Le problème avec mon profond mal-être en 2011, c'est que ce harcèlement gayphobe n'en est pas l'unique raison, mais cela sort du cadre de ce témoignage.

J'estime que ce sont eux trois, ce « trio » d'homophobes, qui a lancé mon mal-être, et qui en sont les plus responsables.

Je leur en veux terriblement, j'ai une haine, ou surtout une rancœur monstrueuse à leur égard. Leur comportement m'a poussé, je le sens, à me replier sur moi, en tout cas moralement.

Je me suis senti dévalorisé, un peu exclu, acculé, mise en état d'infériorité, marginalisé, montré du doigt. Cette accumulation de vexations sur des mois m'a miné le moral, et assurément réduit mes performances scolaires. Avec un diplôme obtenu avec 11,89 de moyenne générale, je sens que j'aurais pu obtenir au moins 12, soit la mention « assez bien ». Ils me l'ont volée.

Leur absence d'état d'âme, de compassion ou de pitié est purement abject. Quand on revient chaque soir chez soi usé, abimé, après une journée de manœuvres ou de propos dégradants, des attaques à répétition en public, on ne peux que se sentir stigmatisé. Ils ne se rendent pas du tout compte du retentissement psychologique que cela a eu sur ma vie, et pas que ma vie personnelle ou sociale, mais ma vie tout entière, dont professionnelle. D'ailleurs je précise que je n'ai eu aucun problème durant les stages de fin d'année, deux semaine en première année (mi-juin) et treize semaines en seconde année (début avril). Jamais une remarque ou un regard de travers, aucune allusion, zéro sous-entendu... Ils ont été une bouffée d'air, un soulagement, j'avais pu enfin respirer.

Au début, je ne voulais pas me formaliser, je prenais ces piques à la légères, presque taquines, mais avec les attaques qui se sont répétés, insidieusement, que les manques de respect se sont multipliés, et que les attaques ont durée, je n'ai plus ri du tout, même pas jaune.

Le manque de manifestation de solidarité m'a blessé, ça aussi. On se sent stigmatisé sur la place publique, seul au monde, humilié. Cela a aussi délabré mon estime de moi-même. Quand j'ai cherché à obtenir leurs impressions ou témoignage sur ce que j'ai vécu, l'une des personnes de mon TD m'a répondu en substance Déjà à l'époque je ne voulais pas m'en mêler, alors ce n'est pas maintenant que je vais commencer.

Je ne me suis jamais senti si isolé, si seul et enfermé dans ma souffrance et mon homosexualité que je devais pourtant taire par sécurité, et autres raisons évoquées plus haut. Une discrétion que les hétéros n'ont même pas l'idée à l'esprit, ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont (d'être comme presque tout le monde, dans la « majorité »). Condamné à vivre dans l'invisibilité. Je n'ai jamais été si peu épanoui, si malheureux.

Début décembre (après les deux ans de la formation), je décide que je tenterai de faire mon coming-out à une connaissance si j'en vois une, voire de provoquer ces rencontres. Je l'ai finalement fait sur Facebook, parmi mes amis et connaissances proches. Je ne sais plus quand précisément je l'ai fait, mais j'estime ne pas avoir eu assez de réactions (positives ou non), dommage (ou tant mieux ?). J'aurais bien aimé savoir un peu plus comment mes contacts FB le vivent, ce qu'ils en pensent.

Aujourd'hui, je pense que le combat contre l'homophobie, scolaire ou non, commence par celui contre l'hétéronormativité. Avant même de se battre pour certains droits (mariage, adoption, don du sang), il faut se rendre plus (+) visible.

Je commence tout juste à aller mieux, car j'ai enfin un studio, un logement rien qu'à moi. Mais la route est encore très longue avant de pourvoir atteindre le bonheur.

Fin du témoignage.

Ma situation aujourd'hui (mai 2013)

Je vais bien mieux, ça ne m'empêche plus de dormir, je travaille régulièrement, je suis indépendant des mes parents ; globalement je suis passé à autre chose... mais je n'ai pas oublié, car je ne peux pas oublier.

Le témoignage que je vous venez de lire a été écrit fin 2010 ou début 2011, parce que j'avais besoin de coucher sur la papier ce que j'ai vécu, mes impressions étaient « chaudes », ma mémoire « fraîches », un peu comme un livre qui permet de fixer un récit (l'écrit permet de mieux structurer la pensée), et parce que cela permet ensuite de le partager. Je n'ai que peu remanié mon témoignage ci-dessus. Avec le temps, des souvenirs ont pu devenir flous, mais pas ma rancœur, ni ma rancune, au contraire.

En ce premier semestre 2011 j'avais aussi pu contacter un avocat bienveillant via une association spécialisée (aujourd'hui disparue), l'asso nationale française SOS Homophobie et une journaliste radio à l'approche du 17 mai 2011. Son sujet dans lequel ce témoignage aurait pu être évoqué, a brutalement été « trappé » par le ramdam DSK.

En janvier 2011, France 2 deux a diffusé un reportage émouvant sur les ados lesbiennes ou gays qui se révèlent, d'abord à eux-même.

Il y a quelques année j'avais pu contribuer pendant quelques mois à la création du Centre LGBTI alsacien (La Station), centralisé à Strasbourg mentalité française oblige. Cette expérience m'avait fait beaucoup de bien, je n'ai malheureusement pas pu continuer. 

Alors aujourd'hui pourquoi parler de ce harcèlement ou diffuser ce « vieux » témoignage ?

  • Parce qu'il faut que ça sorte. 
  • Parce que je n'ai pas pu avoir de procès pour explication, réparation ou compensation, donc pas de reconnaissance non plus du calvaire. Notez bien que selon la Loi française, le harcèlement existe dans le Code du Travail, en Droit de la Famille, mais pas dans le contexte scolaire ou universitaire ! !
  • Parce que l'essentiel n'a pas bougé, mes bourreaux n'ont jamais exprimé le moindre regret, ils continuent leur petite vie en tout impunité
    • Jérémy KLEINCLAUS se présente comme freelance en design web et print, Gecko Webdesign www.gecko-webdesign.fr (SIRET 515 144 541 00023).
    • Mathieu BRUNEAU a son entreprise de maintenance informatique Mbi Mulhouse et création de site web MBI Informatique www.mb-informatique.fr (SIRET 513 338 228 00028).
    • Laurent ROTH travaille au Crédit Mutuel de Wittenheim.

    Je garde ça dans un coin de ma tête pour qu'un jour je leur fasse leur fête.

  • Parce que je ne suis pas un cas isolé, loin de là. L'allophobie c'est aussi la biphobie (contre les personnes bisexuelles), la transphobie (personnes transgenre, travesties...), la lesbophobie (sexisme + homophobie), etc.

La situation actuelle en général

L'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples lesbiens/gays n'est qu'une goutte d'eau en direction de l'égalité et de la banalité. Il est plus facile de modifier une loi (ou détruire un atome) que de changer une mentalité établie depuis des siècles.

Le travail ministériel devrait commencer au niveau des programmes de la première école, dite « maternelle », en luttant contre les stéréotypes de genre (poupées et dinettes pour les filles, voitures et briques pour les garçons...). Et il existe des lois contre l'homophobie ou les discrimination en général. Appliquons-les ! Hélas, lorsque le Président Hollande avait proposé une clause de conscience aux maires mal à l'aise à l'idée de marier des couples homosexuels, il avait ainsi reconnu une hiérarchie des discriminations : l'homophobie est moins grave que le racisme.

Il y a quelques semaine, le groupe Indochine a publié le clip de sa chanson « College Boy ». Je n'avais pas entendu parler de ce son avant que les média parlent de sa vidéo promotionnelle. Elle est effectivement violente et un brin caricaturale vers la fin, mais porte le sujet sur la place publique. J'ai tout de suite reconnu l'enfer que j'ai vécu, même si J., M. et L. ne sont pas allé aussi loin. On se sent seul au monde ou presque, comme enfermé dans une bulle avec ses bourreaux, dont le harcèlement demeure invisible depuis l'extérieur.

A ce jour, je n'ai pas souvenir qu'un responsable politique, scolaire ou universitaire se soit exprimé publiquement ou engagé contre le harcèlement dans ce milieu, quelque soit le motif. Comme souvent les media surfent sur la polémique dans sa forme, sans aller vers le fond du problème soulevé. Allo ?

Billet publié le 16 mai 2013.